Hassan El Geretly
Cie. El Warsha

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Hassan El Geretly
Les Troyennes
El Warsha
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EL WARSHA

Le Trajet d’El Warsha
1987-2001
Article paru dans Cassandre N° 43
Septembre/octobre 2001

En 1987, Hassan El Geretly fonde au Caire avec quelques personnes, acteurs, auteurs, scénographe, la compagnie indépendante El Warsha, qui veut dire l’Atelier.
L’activité d’El Warsha commence en septembre 1987 avec deux pièces : Le pupille veut devenir tuteur de Peter Handke et Le réveil de Dario Fo et Franca Rame. Cette double création fut reprise au début de l’année 1988 puis lors du premier Festival de Théâtre Expérimental du Caire en septembre.
En mars 1988, El Warsha présente deux pièces de Harold Pinter, Le monte-charge et L’amant, suivies d’une adaptation d’une nouvelle de Franz Kafka, La colonie pénitentiaire, présentée à la deuxième édition du Festival du Théâtre Expérimental du Caire.
El Warsha est un groupe né d’une rencontre autour d’une intuition et d’émotions communes. Ses membres, constitués de professionnels, d’autres qui désirent l’être et de ceux qui ne le souhaitent pas, travaillent dans un esprit de groupe, liés par le plaisir de chercher au-delà de l’horizon, des sphères d’étonnement.
Dans Le réveil, nous sommes partis à la quête des racines du jeu populaire et d’un théâtre à tendance sociale sans slogans. Dans Le pupille veut devenir tuteur, nous avons essayé, avec ce mimodrame, de révéler le décalage entre les messages transmis par le mouvement, le rythme et la scénographie et ceux transmis par le texte, et de montrer qu’un texte est vivant dans la mesure où il prend en compte toutes les autres composantes de l’acte théâtral.
Avec Harold Pinter, que nous avons joué en dialectal, il s’agissait de forger un langage concis qui donnerait lieu à une énergie dramatique provenant justement de l’économie de mots qui dissimule les émotions et la violence latente des personnages derrière les masques du quotidien.
Quand en 1989, avec la pièce intitulée Dayer Maydour, nous avons égyptiannisé les différentes pièces d’Ubu d’Alfred Jarry, ce fut sans contrainte aucune, sentiment de liberté que nous n’avions pas éprouvé auparavant. C’était comme si nous bâtissions notre propre lieu de prière sur un terrain vénéré par d’autres qui nous auraient précédés.
La matière populaire contenue dans le spectacle créa une intimité avec le public ; elle rejoignait en quelque sorte l’esprit de Jarry, populaire et frondeur. C’est alors ainsi que débuta la contribution des joueurs d’ombres. Par la suite, une réécriture de la pièce s’est imposée, imprégnée de l’âme des sketchs du théâtre d’ombres et de son esthétique. On aboutit à Dayeren Dayer en 1990, présenté à l’Opéra du Caire, aux festivals d’Avignon, de Carthage, de Zurich, du Caire et d’Amman.
Les deux ans durant lesquels Dayeren Dayer se métamorphosait nous ont aidés à comprendre que la structure logique - réaliste ou surréaliste - rabougrit le potentiel de l’imaginaire. Sur ce, apparurent les fragments (en 1993) de ce qui sera Ghazir el-Leil (Torrents de nuit), fruit d’une longue initiation à l’art populaire de conter avec sa perspective multiple et sa relation différente avec le public, remplaçant le rapport unilatéral linéaire entre comédiens et spectateurs, conte et texte dramatique, scène et salle par des rapports provenant de la logique libératrice de la fantaisie. D’où la naissance d’une structure théâtrale embrassant le rythme des émotions.
Nous avons présenté Ghazir el-Leil (Torrents de nuit) dans un théâtre d’abord et par la suite sous un dais cérémonial modulable selon les besoins de chaque spectacle et qui nous permet de tourner. La pièce fut également présentée à Zurich, Rabat, Casablanca, Beirut, Amman, Paris, Göteborg, Londres et Washington.
Parallèlement, nous avons continué à jouer Layali El Warsha que nous avions commencé en racontant des contes populaires en 1992. Ces nuits ont été présentées au Caire, à Alexandrie, Port Saïd, Beirut, Amman, Paris, Göteborg, Londres et Washington. Aujourd’hui elles contiennent des sketchs de théâtre d’ombres et de Aragoz (marionnettes à gaine), des chansons de music-hall, des luttes au bâton, de la musique populaire, arts que nos acteurs apprennent des maîtres traditionnels.
En 1994, nous avons fini le montage de Mouled El-Sayyeda Aïsha, documentaire sur la Fête de Sainte Aïsha, produit avec la complicité des habitants de Sayyeda Aïsha qui organisent une procession carnavalesque, unique en son caractère théâtral.
La même année, nous avons commencé à récolter la matière de la Geste Hilalienne, auprès de ses derniers bardes, et à nous entraîner à la réciter et à la chanter dans nos Layali, en prévision d’un spectacle qui a eu sa première en janvier 1998 : Ghazl el-Amaar (Filage de Vies). Ce spectacle fut présenté à Menya, Amman, Aqaba, Alexandrie, au village de Om Doma (Sohag), à Mallawy (Menya) et représenta l’Égypte au Festival Expérimental du Caire en 1998 ou il obtint une Mention Spéciale du Jury. Par la suite, Filage de Vies fut joué à Alep (Syrie), au village du Radiseyya (Edfu) et à Belbeis (Sharqeyya) et en Iran.
Avec le développement de la troupe, nous avons commencé également à échanger autour de nos préoccupations artistiques avec d’autres, lors de rencontres internationales et sur les pages des Cahiers d’El Warsha. Nous avons commencé à chercher d’éventuels partenaires, et nous en avons rencontré à Mallawi, Menia, Port Saïd, Bangladesh, Chypre, Suède, Angleterre, États-Unis et en Afrique du Sud. Nous nous sommes jumelés avec la troupe jordanienne El-Fawanees (Les Lanternes), avec laquelle nous organisons, depuis 1996, Les Journées Théâtrales d’Amman, Rencontre Internationale de Compagnies Indépendantes.
À côté d’un centre au Caire pour la formation des acteurs aux arts populaires et aux techniques que nous avons développés à la recherche d’un théâtre qui nous reflète, nous avons entamé en province plusieurs projets en collaboration avec des artistes populaires, ce qui a permis à de jeunes artistes de faire leur apprentissage dans le milieu qui a engendré ces arts. Le premier de ces projets fut l’École de Musique et des Arts du Bâton à Mallawi. En 1996, nous avons créé un Centre de Formation théâtrale pour les enfants axé sur l’improvisation, le théâtre d’ombres et le dessin animé par vidéo. Nous sommes en train de collaborer avec La Chorale de l’Association de Haute Égypte à la création d’Écoles de Chant, avec un programme d’étude comprenant les techniques que nous avons élaborées pendant notre travail sur les arts populaires.
Il y eut une transition majeure dans notre pratique artistique : notre préoccupation, depuis la fin de 1997, est avec le jeu de l’acteur en tant que processus faisant vivre sur scène des personnages issus de nos vies et de notre imaginaire. Le voyage à travers les espaces du conte, pendant les cinq années précédentes, nous avait libéré des idées reçues du jeu naturaliste et de notre héritage du XIXe siècle, fait de déclamations et de techniques du “boulevard”.
La compagnie s’est tournée vers une autre forme de tradition, l’esprit de la vie quotidienne, tel qu’il se joue dans le village et la ville et comme nous l’avons rencontré, aussi bien collectivement qu’individuellement, dans les graffitis, les inscriptions sur les automobiles, dans les souvenirs, les rêves, les plaisanteries et les films, dans les chansons que l’on écoute dans les micro-bus et dans notre expérience de vivre et de travailler ensemble dans des contextes différents. Nous avons commencé à présenter ce matériel lors de Nuits, que nous avons intitulées “Plus Tu Vis…”, dans une tentative de découvrir de nouvelles formes de théâtre dans les espaces partagés entre nous et notre public.

calendrier

résidence

du 22 au 27 janvier 2007
l'échangeur de Fère-en-Tardenois

 

diffusion

Les Nuits d'El Warsha (du chant sacré aux chansons populaires)
mardi 23 janvier 2007 à 20h

Concert de Cheikh Zein Mahmoud et ses compagnons.
Sous la direction artistique d'Hassan El Geretly