LES
TROYENNES
Un texte
Après un travail de plusieurs années consacré aux
gestes de la vie quotidienne dont est issu le spectacle Le Caire sur la
main, Hassan El Geretly s'engage dans un
nouveau projet de création théâtrale qui explore la
thématique de la guerre et des vaincus.
Hassan El Geretly souhaite traverser cette
problématique en s'appuyant à la fois sur la tragédie
grecque classique et sur la poésie contemporaine arabe.
Sa première source sera le texte d’Euripide : Les
Troyennes. Il s'y réfèrera afin d'explorer l'Histoire
sous un angle différent : évoquer les histoires des vaincus
avant celle, toujours valorisée, des vainqueurs. Le texte d'Euripide
sera ensuite mis en perspective et dans un dialogue constant avec un deuxième
texte, en arabe littéraire (en cours d'écriture) : l’histoire
de Troie par Mahmoud Darwish, poète
palestinien.
"Il n’y a pas de place pour le poème
homérique, bien qu’il y ait une place pour le poète
des Troyens. Nous n’avons pas entendu son poème. Nous n’avons
jamais eu la version de Troie. Je suis sûr qu’il y avait des
poètes dans Troie, mais la voix d’Homère, la voix
du vainqueur, a vaincu jusqu’au droit à la plainte du Troyen.
J’essaie d’être le poète de Troie. Cela fait
mal ? J’aime les vaincus. "
Un contexte
La problématique des vaincus fait écho aujourd'hui en Égypte.
Dans ce pays, le discours est souvent celui de faux vainqueurs, en référence
aux événements historiques de ces dernières décennies
: ainsi lors de la guerre ses six jours, les Égyptiens vaincus
ont appris avant le 6 juin 1967 par Nasser
que le pays sera nécessairement vainqueur !
1967 n’était donc surtout pas une défaite, mais une
Naksa (revers). De même, 1973 (la guerre du Kipour) n’était
pas tout à fait une victoire, mais un Obour (traversée).
Le prix que les Égyptiens ont payé pour ses guerres et d’autres
a été occulté. Le deuil n'a pu se faire, et le poids
de la douleur n’a donc jamais été exorcisé.
Hassan El Geretly axera son projet sur l’expérience
des femmes dans la guerre : épouses, mères et sœurs
des combattants, celles qui soignent et qui restent après pour
pleurer et ensevelir, pour prendre un nouveau départ et se rappeler.
Une démarche
Hassan El Geretly entrevoit plusieurs points
de départ comme autant de sources à faire converger :
* L'écrit avec le texte classique d'Euripide
et le texte du Poète Mahmoud Darwish,
* Le Corps à travers le Butô, cette danse qui chante les
ténèbres de l’âme,
* La Voix comme instrument des émotions extrêmes,
* Le Masque amplificateur de la voix du Conteur qui, dans la Grèce
antique, donna naissance à l’Acteur, les Rythmes et les Voix
féminines du Zar (séances d’exorcismes) Égyptien…Enfin,
Hassan El Geretly travaillera avec des comédiennes
et des comédiens de plusieurs pays (Jordanie, Syrie, Liban, Égypte…).
Il accordera une part importante à la formation de ces acteurs,
démarche qu'il intègre entièrement dans le processus
de création.
Des repères conducteurs
* Les Troyennes dans
l’Intégrale d’Euripide
chez Robert Laffont.
* les Troyennes de Sénèque.
* Notre Musique de Jean Luc Godard dans
lequel se trouve une interview de Mahmoud Darwish
où il parle de Troie.
* La Palestine comme Métaphore, entretiens avec Mahmoud
Darwish – Actes Sud.
* Le Récit de l’Indien Rouge de Mahmoud
Darwish
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